Quand on parle de paysages monastiques byzantins, trois noms viennent immédiatement à l’esprit : le Mont Athos, les Météores et la Cappadoce. Et en Cappadoce, ce sont avant tout les églises peintes de la vallée de Göreme.
La vallée des monastères de Göreme est le centre principal des monuments historiques de la Cappadoce. Entre le IVe et le XIIe siècle, de nombreuses églises et monastères troglodytiques ont été construits ici, depuis la naissance du monachisme oriental jusqu’à la conquête turque. La plupart des fresques médiévales de la région s’y trouvent encore, dans dix églises situées au cœur de la vallée, aujourd’hui regroupées sous le nom de « Musée en plein air de Göreme ».
Les dix églises ont été principalement décorées entre le IXe et le XIIIe siècle, à l’époque où les grands empereurs-généraux byzantins – Nicéphore Phocas et Jean Tzimiskès – repoussaient les envahisseurs arabes du VIIe siècle aux frontières de la Cappadoce, permettant à la province d’être à nouveau peuplée de monastères. À cette époque, l’aristocratie militaire reçut également des terres dont les revenus permettaient de soutenir les monastères et d’inviter des maîtres de Constantinople. Ces artistes apportèrent le style raffiné de la capitale dans une région frontalière qui n’avait jamais vu un art de ce niveau. Le complexe monastique de Göreme, composé de dix églises, servait également de centre de pèlerinage et d’école théologique, contribuant à la création de cycles de fresques particulièrement impressionnants et encyclopédiques.
Nous savons très peu de choses sur les églises, ainsi que sur les communautés qui les ont créées et utilisées. Peu de documents écrits ont survécu de la Cappadoce avant la conquête turque, la plupart des communautés ont disparu avec la conquête, et les traditions populaires qui persistaient se sont perdues lors de l’échange de population de 1923. Les musulmans venus du nord de la Grèce n’avaient aucune connaissance des traditions des générations précédentes, et les Grecs cappadociens déportés les avaient déjà oubliées. L’histoire de la Cappadoce byzantine doit donc être largement reconstruite à partir de ces églises et de leurs fresques.
Ainsi, nous ne connaissons même pas les noms originaux des églises. Les noms actuels se basent sur les représentations principales à l’intérieur. La première église du parcours muséal – officiellement « Chapelle n°18 » – est appelée « Église Saint-Basile », car sur le mur nord d’entrée figure l’image de Saint Basile (Basileios), évêque de Césarée, Père de l’Église de Cappadoce et fondateur du monachisme orthodoxe.
L’intérêt de cette église réside dans le fait que son abside et son autel s’ouvrent sur l’un des longs côtés (le côté est), rendant l’église plus large que profonde. C’était typique des premières églises monastiques ; la plupart des églises monastiques syriennes du sud de la Turquie suivent ce schéma. Cela permet aux moines de se placer en rangée devant l’autel, plutôt que les uns derrière les autres.
Les fresques de l’église datent de la seconde moitié du XIe siècle, la dernière grande période de prospérité du monachisme en Cappadoce. Elles ne constituent toutefois pas encore un cycle uniforme, comme c’est le cas dans les églises orthodoxes plus tardives. Au lieu de cela, quelques images marquantes couvrent les murs comme un patchwork, chacune ayant sa propre signification et tradition historique.
Au-dessus de l’autel, sur le mur, se trouve l’image du Christ Pantocrator, levant une main pour bénir et tenant un livre dans l’autre, symbolisant qu’il est la Parole faite chair. Cette représentation du Christ soutenant le monde par sa puissance se répand à cette époque et devient un motif incontournable des églises orthodoxes.
À droite de l’autel, sur le mur, figure Marie en pied tenant son enfant. Cette représentation suit l’icône Hodegetria en pied conservée à Constantinople. Au début du siècle, un petit moine était encore représenté aux pieds de Marie, avec une prière en grec au-dessus : « Seigneur, aide ton serviteur, le moine Ignatios ».
Sur les deux murs courts, on voit chacun un saint guerrier à cheval, accompagné d’un saint debout. Sur le mur sud, Saint Georges sur son cheval blanc transperce un ennemi – homme ou dragon – et dans l’angle se tient Saint Démétrios, également guerrier. Sur le mur nord près de l’entrée, Saint Théodore sur son cheval brun transperce probablement un dragon, derrière lui se tient Saint Basile.
Les saints guerriers, en particulier les cavaliers Saint Théodore et Saint Georges, étaient des figures importantes de l’art cappadocien. La région, frontalière, comptait de nombreux soldats byzantins et une population locale régulièrement impliquée militairement, ce qui explique l’importance des saints guerriers. Théodore et Georges apparaissent souvent ensemble, se faisant face, comme dans d’autres églises de Göreme. J’ai déjà écrit à propos de Saint Georges : son culte s’est renforcé au Xe siècle en Géorgie ; ici il monte pour la première fois et commence à tuer des dragons, un attribut auparavant réservé à Saint Théodore. Les deux saints cavaliers sont souvent représentés ensemble en Géorgie. La Géorgie et la Cappadoce étaient étroitement liées au Moyen Âge : le christianisme arriva en Géorgie depuis la Cappadoce dès le IVe siècle, et les rois géorgiens fondèrent ou soutinrent plusieurs églises en Cappadoce, ramenant ainsi Saint Georges le tueur de dragons dans la région, où il devint presque un saint national.
Curieusement, les adversaires arabes découvrirent également Saint Georges ici en Cappadoce et créèrent son équivalent musulman, Al-Hidret, célébré lors du jour chrétien de Saint Georges sous le nom de Hidirellez ou Ederlezi (voir la célèbre chanson de Goran Bregović).
L’église Saint Basile possède deux nefs : dans la nef extérieure se trouvent des tombes, probablement de moines. Cette solution à deux nefs, inconnue en Occident, était courante dans l’architecture orthodoxe primitive, où la nef latérale extérieure servait principalement aux commémorations funéraires et aux rituels laïques, comme dans les églises de Soukhoum en Géorgie aujourd’hui.
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